• Mylène

ANXIÉTÉ MODERNE: quand Netflix, Deliveroo ou Tinder nous angoissent

Dernière mise à jour : 12 mai 2020

Chaque jour, nous réalisons une flopée de choix, qu’ils soient petits ou grands. Pâtes bios, sans gluten ou complètes ? Que regarder ce soir sur Netflix ? Swipe vers la gauche ou vers la droite sur Tinder ? Les possibilités de choix se multiplient. En apparence, nous gagnons en liberté. Mais cet attrayant package serait livré avec du stress en extra, les chercheurs parlent de “fatigue décisionnelle”, “paralysie du choix” ou même “FOBO” (Fear Of Better Options). Réflexions et éléments de réponses pour ne plus faire de crises d’angoisse au rayon pâtes.



Toujours plus de choix

Si l’on observe l’élargissement de nos choix ces dernières années, le constat est en effet frappant :


Nos possibilités de choix, avant

Seulement 6 chaînes TV étaient disponibles à l’écran, les pizzerias étaient les seules à livrer, on partait en vacances dans des contrées moins exotiques et éloignées, on avait un job qu'on gardait pendant parfois plusieurs décennies, on se posait peut être moins de questions en couple. Côté shopping il n’y avait que 2 à 4 collections par an.


Nos possibilités de choix, aujourd'hui

On peut profiter de plus de 200 chaînes, sans compter les milliers de films et séries sur Netflix, on peut se faire livrer Balinais, Indien ou de la cuisine moléculaire péruvienne. Avec les vols low coast, le monde entier s’offre à nous, à tel point que la génération des 18-30 ans a souvent visité plus de pays que leurs parents durant toute leur vie. Via Tinder, on se prête volontiers à un plus grand nombre de rencontres : Bastien est sympa, mais j’aime bien Alexandre aussi, tiens et pourquoi pas cette fille, Camille ? Côté boulot, on a la bougeotte, si bien que l'on se questionne constamment sur sa carrière. Dans les magasins, les collections sont renouvelées toutes les 2 semaines: les placards sont surchargés.


Notre cerveau finit par chauffer lui aussi. Initialement, cette évolution semblait être une bonne nouvelle: ”avoir le choix” n’est-il pas synonyme de liberté et de privilège ? Pas tout à fait, puisque ce panel éléphantesque de choix deviendrait vite écrasant et angoissant.




Toujours plus de stress

Des scientifiques ont constaté que nous pouvions être épuisés en prenant trop de décisions - même minimes. La peur de ne pas faire le “bon choix” nous dévore. Personne n’aime être exposé à l’échec ou à la déception et nombreux sont ceux qui veulent l’éviter à tout prix en analysant chaque options. Que ce soit pour le choix d’un simple restaurant ou celui plus important d’une carrière, les chercheurs parlent alors de “maximiser” ses choix.


Le hic ? À trop analyser, on en devient paralysés. Cette explosion de possibilités met à mal les plus perfectionnistes d’entre nous qui passent des heures à chercher l’option idéale. Dans l’ étude “When choice is demotivating, un duo de chercheurs a réalisé des expériences dans un rayon de confitures et de chocolats. Paradoxalement, plus il y avait de choix, moins il y avait de ventes : “les gens sont plus enclins à acheter de la confiture ou des chocolats (...) quand le choix est limité autour de 6 possibilités plutôt qu’avec un panel plus large de 24 ou 30 choix.” souligne l’analyse.


Dans l’excellente vidéo TED The paradox of choices”, Barry Schwartz, psychologue américain, questionne également la notion de liberté face au choix. Le conférencier fait remarquer que trop de liberté “produit de la paralysie plutôt que de la libération”. Il poursuit : “Avec autant d’options, les gens trouvent difficile de choisir, tout court.”





Comment éviter ces crises d'angoisse ?

Devenir un “satisficer” : en résumé, rejoindre le camp d’en face. Ces derniers savent se satisfaire d’un choix sans chercher celui qui pourrait être parfait. Ils seraient par ailleurs plus heureux et épanouis dans leur choix que les perfectionnistes. Et moins frustrés en cas d’erreur, puisqu’ils n’ont pas passé des heures à choisir. Tim Herrera, rédacteur au New York Times propose en ce sens une solution qu’il a d’ailleurs intitulée « MFD » pour Mostly Fine Decision, la "situation la plus ok".



D'autres solutions pour ne plus stresser lors d'un choix :


  • Un peu de minimalisme : faire moins de choses = être confronté à moins de choix. L’équation est simple et nous permet de profiter davantage de ce que l’on fait en pleine conscience.

  • Laisser les autres décider : déléguer vos décisions de temps en temps peut être salvateur.

  • Le paroxysme ? Laisser un générateur de “oui/non” faire vos choix pour vous. Posez votre question, il vous répond illico: www.yesnogenerator.com

  • Un restaurant au menu unique : on met les pieds sous la table et on se laisse porter par le menu unique du restaurant “Le Timbre” à Paris. Pas de perte de temps à hésiter sur les plats, il n’y a que pour le vin que vous pourrez pinailler.

  • Voyage mystère : vous en avez marre de passer des heures à organiser votre voyage ? Optez pour les voyages mystères. Ce n’est qu’une fois à l’aéroport que vous connaîtrez votre destination façon “Rendez-vous en Terre inconnue”.

  • Film : c’est la fin des batailles du soir pour savoir quel film ou série lancer. Laissez ce choix cornélien à la roulette Netflix qui décide pour vous : https://reelgood.com/roulette/netflix


Vous savez tout pour vous ménager et ne plus ressembler au personnage de Chidi dans “The Good Place” (pour ceux qui ont la référence). Pour les autres qui ne connaissent pas cette série, vous savez maintenant quoi regarder à la TV ce soir. Et hop, un choix de moins à faire, ne nous remerciez pas.